Étiquette : photo humanis international

(English) The pictures taken by Marilyn Silverstone in schools…

(English) The pictures taken by Marilyn Silverstone in schools are always at children hight allowing us to reenter their universe. This way the spectator feels as if being their. The stare of the two girls conduct our to the book they are reading and their face tell us about how serious and important education is. Marilyn Silverstone uses black and white to make sure we focus on the essence of her pictures. She does not ask her subjects to act but instead try to understand their truth and allow us to enter their reality, their day to day life. 

(Français) Les photos que prend Marilyn à l’école à hauteur des enfants nous permettent de rentrer dans leur intimité, le spectateur a l’ « impression d’y être ». Les regards nous accompagnent jusqu’au doit et aux cahiers, et ces visages innocents d’enfant nous montre leur sérieux face à l’instruction scolaire. Le fait que les photos soient en noir et blanc nous permet de nous concentrer sur le sentiment qu’elles provoquent. En total empathie pour les photographiés on comprend le rapport proche qu’à Marilyn avec ses sujets, qu’elle ne met pas en scène, mais qu’elle photographie comme elle photographie son quotidien.

from Tumblr http://ift.tt/1HIYoE6
via IFTTT

(English) This picture was taken in a refugee camp near…

(English) This picture was taken in a refugee camp near Calcutta. This hospital has been built in a large storage house, the sick go their for health issue and in order to try to find some food. This mother and her daughter are refugees from Bangladesh. The picture is quite moving, the situation of the girl in underlined by the white drape in the background. While this situation is hard to look at, the gaze of the spectator is caught almost right away by the stare of the mother and her facial expression which shows both sadness and anger. The girl is paralyzed by her hunger and her face is full of pain, making it hard to look at her for a long time. Marilyn Silverstone is not easy on her spectator, she makes us look at the situation in which the women are, shooting them as naturally as can be and still keeping their dignity which is strongly present in the gaze of the mother. The photo is here to send a clear message, these people are in a situation which no humain should have to live. 

(Français) Cette photo a été prise dans un camp de réfugiés à côté de Calcutta. Cet hôpital est un grand hangar, les malades y viennent pour avoir des soins et un rationnement. Cette mère et sa fille sont des réfugiés du Bangladesh. Cette photo très touchante par l’état de santé de la petite fille reste épurée par l’arrière plan de draps blancs. Pas de fioriture, le regard du spectateur est tout de suite accroché par le regard de la mère, l’on plonge dans ses yeux et son expression faciale pour y comprendre sa peine et sa colère. Enfin, la souffrance de la petite, qui ne peut que rester en état de végétation, se traduit aussi par son visage meurtri. La prise de vue est de face, directe et cadrée parfaitement pour qu’on soit à la hauteur de la mère, plongé dans ce hangar. La photo est ici utilisée pour passer un message clair, il fait l’état d’une situation humaine qu’on ne peut accepter.

from Tumblr http://ift.tt/1XlQ18n
via IFTTT

Marilyn Silverstone(English) Here’s one of the few pictures…

Marilyn Silverstone

(English) Here’s one of the few pictures Marilyne Silverstone took form afar. It allows the photographer to see the broader picture. The woman is moving forward with a jar on her head in the morning dusk. She is going back to her refugee camp in Rwanda, going back to her people that have both lost their cattle and their house. The only thing they have left is the nature surrounding them, the vast wilderness, with nothing to do but wait and try to survive or flee. This people are refugees from the Bahutu uprising, helped by Belgium. The framing of the picture, the lady walking away from her future, with the blurred and foggy line of horizon translate the situation in which this people are living. 

(Français) Une des rares photos prise de loin, elle permet au regard du spectateur de se libérer, une femme avance avec un pot sur la tête dans une brume matinale. Oui, mais la légende est là pour rappeler qu’elle rentre dans un camp de réfugiés au Rwanda, ceux-ci ont perdus maisons et bétails. Plus de matériel, ils n’ont que la nature pour eux, ce vaste terrain nu où ils n’ont plus rien à faire à part fuir ou attendre. Sujet politique puisque ces réfugiés sont victimes du soulèvement des Bahutu, soutenu par la Belgique. Le cadrage métaphorise l’image, la femme n’est pas au milieu de la photo mais il lui reste encore un long chemin à parcourir, la ligne d’horizon n’est pas droite, elle doit monter ce terrain, comme elle doit surmonter sa misère. La photographie est utilisée pour montrer un état de chose, mais il est aussi le moyen d’expression du photographe.

from Tumblr http://ift.tt/1YwxUK6
via IFTTT

Dmitri Baltermants (1912-1990) Photojournaliste de guerre pour l’Empire soviétique

Baltermants1

Dmitri Baltermants, Kerch, Crimea, 1941/42

Dimitri Baltermants, surnommé « L’œil de la Nation » est un photojournaliste russe né à Varsovie en 1912, alors que la ville faisait encore partie de l’Empire Russe.

Après avoir finalisé ses études en mathématiques à l’Université de Moscou, Dimitri Baltermants devient professeur de mathématiques à l’académie militaire et obtient le grade de capitaine.

Ce n’est qu’en 1939, pendant la Seconde Guerre Mondiale, qu’il deviendra passionné par la photographie et se convertira en photojournaliste. Il est alors envoyé en Ukraine de l’Ouest pour couvrir l’invasion soviétique en Pologne. Malheureusement nous ne retrouvons aucune trace photographique de cette mission.

1. Photojournaliste au service du régime soviétique

Ses premiers pas de photojournaliste il les a fait en travaillant pour le journal Izvestija, journal officiel du parti et le journal de l’Armée Rouge.

Les photos les plus représentatives du travail de Baltermants ont été prises lors de la bataille de Stalingrad et les batailles de l’Armée Rouge en Russie et en Ukraine. A deux reprises il sera blessé. Seules les images qui reflétaient les aspects positifs de l’armée étaient choisies, la plupart de ses photos ont donc été rendues publiques que dans les années 1960.

image

Attack, 1941, Dmitri Baltermants

A peine publiée cette photographie a été largement critiquée car elle représente la moitié d’un homme, ce qui était contraire aux standards imposés par le régime. Elle ne sera rendue publique que dans les années 1960 pour devenir l’une des photographies de guerre les plus connues mondialement.

image

Grief, January 1942 – Dmitri Baltermants

La photo la plus connue de Baltermants est « Grief ». Elle a été prise en 1942 et capture le massacre des Nazis à Kerch, un petit village en Crimée. Apparaissent sur la photographie le deuil des femmes du village alors qu’elles cherchent les corps de leurs proches. Le ciel renforce la tonalité dramatique de la photographie. Cette photographie a été publiée que après la guerre dans les années 1960 (tout comme ses autres photographies les plus connues aujourd’hui).

Grâce à ses photographies de guerre, Baltermants commence à se faire connaître. Il travaille alors pour la revue Ogonyok et voyage au tour du monde pour photographier Mao Tsetung lors de la visit de Krouchtchev en Chine, de Fidel Castro lors d’un voyage officiel de Brejnev. Ainsi, tout au long de sa carrière de photographe, Dmitri Baltermants a photographié tous les leaders soviétiques allant de Stalin à Gorbachev.

2. Photographies de guerre ou propagande ?

image

Buoy lighter, Dmitri Baltermants, 1948

Alors que l’Empire comprends le pouvoir de la photographie comme propagande, ils envoient Dimitri Baltermants photographier la vie quotidienne des quatre coins de l’Empire dans le but de glorifier l’URSS.

image

Khrushchev and Castro, Moscow, Dmitri Baltermants 1963

En 1949 il devient le photographe officiel du Kremlin, ses images seront quasiment les seules images à être montrées aux soviétiques. Proche de Joseph Staline, il continuera à exercer ses fonctions pendant le mandat de Khrouchtchev. Il voyagera alors en Chine, en Inde et au Vietnam pour mener des reportages photographiques.

image

Worker and Kolkhoz woman, Dmitri Baltermants, 1960

En tant que photographe officiel, il réalise également des reportages sur l’essor économique soviétique, le succès des athlètes aux jeux olympiques.

3. Un indéniable héritage photographique

Les photographies prises par Baltermants sont un véritable héritage photographique de la réalité de la guerre et des combats sur le front soviétique. Alors qu’il est difficile de qualifier Baltermants en tant que photographe social, son apport historique et de technique photographique de guerre est indéniable. Par ailleurs, il se considérait lui même comme un expert de la photographie mise en scène et s’amusait à jouer et modifier les négatifs pour ajouter des effets photographiques. Il était expert dans l’utilisation des couleurs et des compositions photographiques, raisons pour lesquelles il était tant aimé des autorités soviétiques.

La première de ses expositions à l’étranger a eu lieu à Londres en 1964 et à New York en 1965. Alors que la publication de ses photographies était contrôlée par le gouvernement Soviétique, la plupart des négatifs de Baltermants ont été publiés dans les années 1960, c’est donc cette ouverture qui lui a permis d’acquérir une reconnaissance mondiale.

Références:

http://baltermants.com

http://www.mep-fr.org

http://nailyaalexandergallery.com

https://iconicphotos.wordpress.com

Lisette Model, 1901-1983, photographier avec ses tripes

lisette

Lisette Model, Self-portrait

Née autrichienne le 10 novembre 1901 à Vienne elle décède américaine le 30 mars 1983 à New York. Son père est un médecin d’ascendance juive et d’origine  italo-autrichienne et sa mère est française et catholique. Elle suit une formation musicale et est influencée par son professeur, le compositeur Arnold Schönberg. Elle quitte l’Autriche pour la France à la mort de son père en 1924. Après avoir abandonné ses études musicales elle décide d’apprendre les arts visuels. Elle sera l’élève d’André Lhote qui comptera parmi ses autres illustres élèves Henri Cartier Bresson et George Hoyningen-Huene. C’est sa sœur Olga Seybert qui guidera ses premiers pas en photographie avant de recevoir l’enseignement du portraitiste Rogi André qui lui tiendra ces propos impacteront son travail : « ne prend jamais ce qui ne te passionne pas ».

image

Lisette Model, La Promenade des Anglais, Nice, France, 1938

1.       Une femme photographe.

Les raisons qui poussent Lisette Model à se tourner vers le medium photographique sont expliquées par la conservatrice Christina Zelich. Ainsi, à travers cet instrument « elle s’initia à une discipline qui séduisait bien des femmes. La photographie leur offrait un moyen de subsistance associé à une expression artistique et, éventuellement, la possibilité d’accéder à la notoriété, les plaçant ainsi sur un pied d’égalité avec les hommes ».

image

Lisette Model, La Promenade des Anglais, Nice, France, 1938

En 1937 elle épouse Evsa Model et ils émigrent pour les Etats Unis. Là elle devient photographe professionnelle et membre de la New York Photo League. En 1940, après plusieurs publications dans le Harper’s Bazaar et quelques expositions remarquées, certaines de ses œuvres sont acquises par le MoMA de New York. Ces images seront exposées en 1948 au sein du musée aux côté de celles de Bill Brandt, Harry Callahan et Ted Croner. Lisette Model devient ainsi une photographe de renom, reconnue pour son travail artistique et indépendante financièrement.

image

Lisette Model, Coney Island Bather, New York, 1939-1941

2.       Une carrière tempérée par le maccarthysme.

Arrivée aux Etats Unis elle réalise plusieurs séries dont une portant sur les jambes des passants des rues de New York, décrivant l’atmosphère de la vie de la ville à travers cette métonymie  visuelle. Elle photographie également les personnages marqués par leur vie, les personnages atypique, ceux qui portent sur leur visage la trace de leurs émotions.

image

Lisette Model, Running Legs, 1940-1941

A partir de 1951 et jusqu’à sa mort, elle enseigne à la New School for Social Research à New York où elle aura notamment pour élève Diane Arbus et Eva Rubinstein et Larry Fink. Elle garde ainsi une grande influence sur la Street Photographie américaine grâce à son travail d’enseignement. En parallèle, elle continue sa carrière de portraitiste et photographiera notamment Frank Sinatra, Georges Simenon, Louis Armstrong ou encore Ella Fitzgerald. Toutefois, sa carrière est handicapée par la « Chasse au Sorcière » menée au Etats-Unis contre les personnes suspectées de liens avec le Communisme.

image

Lisette Model Louis Armstrong, 1954-1956

Au tout début de son travail de photographe elle réalise ses portraits les plus reproduits alors qu’elle rend visite à sa mère à Nice, prenant en catimini la faune de la Promenade des Anglais.  Ce travail sera publiée en 1935 dans Regards un magazine communiste français. Elle cachera toute sa vie ce début de carrière qui aurait pu lui faire du tort aux Etats-Unis.

image

Lisette Model, Sammy’s, New York, 1940-1944

Dans son travail elle utilise le close-up, une technique non sentimental et sans retouche, comme traduction de la vanité symptôme d’une société frappée par l’insécurité et la solitude. C’est du fait de cette technique et de sa volonté de montrer en photographie les problèmes de la société que Lisette Model est considérée comme une photographe sociale. Pour réaliser ses portraits poignants Model ne parle pas avec les gens qu’elle photographie et c’est le conseil qu’elle donne à ses élèves. Selon elle, les gens « ont la physionomie de la vie qu’ils ont eu et de leurs émotions. »

Dans ce cadre, arrivée à New York elle travaille avec la Photo League qui sera bientôt dénoncée par le maccartisme. Elle sera interrogée par les autorités compétentes mais ne sera jamais accusée. Malgré cela sa carrière sera affectée par sa participation à la Photo League et elle ne trouvera plus de magazines près à publier ses photographies. Elle continuera toutefois la photographie, se tournant vers sa première passion, la musique. Elle réalise une splendide série sur l’opéra et la faune la fréquentée, touchant directement à la société américaine.

Sources :

Weegee 1889-1968 le fait divers comme lucarne sur la société new-yorkaise pendant la Grande Dépression

tumblr_inline_nndshfDpKn1tntff1_500

Weegee-Unknown photographer. Probably taken in the 40′

Arthur Fellig, né Usher Fellig et plus connu sous le pseudonyme de Weege  (12 juin 1899 – 26 décembre 1968), est un photographe américain célèbre pour ses photographies en noir et blanc de la vie nocturne, tout particulièrement du New-York durant la Grande Dépression. C’est un photographe de terrain, porté sur le sensationnalisme et le sordide des faits divers. Il documente la vie new-yorkaise comme personne d’autre avant lui et devient ainsi un des pères du photo-journalisme urbain.

Usher Felling est  issu d’une modeste famille juive, qui fuit les pogroms qui éclatent dans une province de l’empire Austro-hongrois (maintenant situé en Ukraine). Sa mère vient rejoindre son père (rabbin) aux Etats-Unis en 1910. Arrivé à Ellis Island il prends le prénom de Arthur.

Arthur Fellig comme beaucoup des jeunes expatriés de sa génération abandonne rapidement les bancs de l’école pour travailler et subvenir aux besoins de sa famille. Alors qu’il a déjà à son actif plusieurs petits boulots, un photographe ambulant l’arrête un jour dans la rue et lui demande de se laisser photographier.

image

Weegee, Drowning victim – Coney Island, 1940

C’est le déclic pour le jeune Arthur Felling qui décide de devenir photographe. Avec un appareil acheté d’occasion il gagne sa vie en faisant des portraits dans la rue. Il raconte dans son autobiographie que c’est parce que les immigrés mats de peaux voulaient paraitre le plus blanc possible sur les photo qu’il a développé sa technique pour faire des photos très contrastés, aux blancs éclatants.

A 18 ans il claque la porte du domicile familial, ne supportant plus le judaïsme paternel et aspirant surtout à vivre sa vie. Il passe presque un an à vagabonder, vivant bien souvent comme un SDF et vivant d’expédients. Cette période bohème lui fera connaitre de l’intérieur le New York interlope, les refuges de nuits et les soupes populaires qui seront plus tard un sujet photographique récurent.

En 1918 il obtient, non sans peine, un emploi de technicien dans le studio photographique Ducket & Adler où il se forme sur les techniques de développement et de tirage.

En 1923, âgé de 24 ans, il est embauché comme employé de laboratoire par l’agence ACME Newspictures, dont l’activité est de constituer un stock de photographies pour la presse quotidienne de nombreux États américains. Il continue de travailler majoritairement comme laborantin mais remplace de plus en plus souvent les photographes de l’agence quand ceux ci ne peuvent pas se déplacer sur certains événements. Au bout de quelques années l’agence lui propose de devenir photographe à temps plein car ses photos sensationnelles et inédites sont très appréciées des journalistes. Il semble toujours être le premier arrivé sur les lieux d’un crime ou d’un accident. C’est cette réputation naissante qui lui donne son surnom “Weegee”. En effet ce mot est tiré d’un jeu très populaire à l’époque (Ouija) qui consiste à communiquer avec l’esprit des défunts.

Les “prémonitions” de Weegee n’ont pourtant rien de surnaturelles, le photographe se contente de suivre à la trace les premiers appelés sur une scène de crime : les policiers.

image

Weegee, Burning Truck, 1936 (?)

Au début il se contente de squatter les commissariats et d’attendre qu’une dépêche tombe, il suis alors les équipes envoyées en secours et prend des clichés du lieu et des victimes. Mais cette technique n’est pas encore assez instantanée, il lui faut arriver avant même les secours pour prendre les photos les plus sensationnelles. Il aménage alors une voiture et capte le signal radio de la police. Il se met en affut dans les quartiers chauds, ou non loin des restaurants et des cabarets réputés accueillir la pègre new-yorkaise et son flair lui permet souvent d’arriver premier sur les lieux.

La condition de photographe d’agence lui pèse beaucoup car il ne peut pas signer ses photos. Il quitte ACME Newspictures en 1935 et décide de devenir photographe indépendant.

image

Untitled – Weegee

C’est à cette période qu’il affine sa technique et ses stratagèmes pour être toujours plus rapide, non seulement à prendre les photos mais aussi pour les développer et les proposer des potron-minet aux rédactions des journaux new-yorkais. Car il sait que son succès en tant que photographe indépendant tient à la fois au sujet de ses photos qu’à la rapidité avec laquelle il peut les fournir.

image

Weegee’s 1938 Chevy « office » and darkroom


Il aménage donc son automobile comme un véritable studio photo mobile: dans le coffre il créé une chambre noire avec toute la chimie nécessaire au développement des négatifs et à l’avant il s’installe confortablement pour écouter la fréquence des secours sur sa radio à ondes courtes, restant en “planque” toute la nuit avec du coca, du salami et ses éternels cigares. Il va vendre ses épreuves 5 dollars avant 6 heures du matin avant les premières éditions des journaux. Ses principaux clients sont, entre autres, Herald Tribune, The Daily Mirror, New York Daily News, Life, Vogue, Sun…Cette manière de travailler lui confère une certaine liberté et une autonomie dans le choix des sujets de ses reportages.

Il contribue ainsi, involontairement à documenter la période de la Grande Dépression à New-York mettant en lumière les répercussions du manque de travail, des guerres mafieuses, ou tout simplement signifier la condition des immigrés venus en Amérique alléchés par des promesses et qui se retrouvent à dormir dehors dans l’hiver new-yorkais ou à arpenter le pavé dans la chaleur estivale.

Le travail de Weegee n’a pas d’orientation, il photographie des faits sans inhibition sur le choix des sujets. Devant son appareil, des faits divers semblent prendre un sens mis les uns à côté des autres. Weegee n’a jamais été missioné par l’Etat pour rendre compte d’une situation, il se rend sur place si l’événement peut provoquer une bonne photo, suffisamment intéressante pour être vendue aux journaux.

image

Weegee, Drank Man, New-York 1945

Ainsi son travail est assez insaisissable dans ses intentions et c’est pourquoi il est difficile de le considérer comme un photographe social à part entière. Cependant le manque d’inibition donne à ses photographies un caractère honnête et tranchant, presque cynique par moments. Il sait mieux que personne maîtriser le contrechamps et les jeux de regards. Est-ce voyeur de photographier les clochards sous leurs cartons ou les immigrés entassés dans des salles de fortune?  En connaissant l’histoire de Weegee ( lui même immigré et ayant vécu- et quelque part vivant toujours- dans la rue) on ne peut voir qu’une forme de tendresse, du moins d’intérêt dans ces sujets, moins “vendeurs” que les corps sanglants ou les carcasses de voitures accidentées fumantes.

Weegee ne croit qu’en l’instantané. La quotidienneté se déchire grâce ou à cause des scènes dramatiques. Et c’est juste au moment ou ces scènes sont encore chaudes, mais ou déjà la vie reprend ses droits que Weegee mitraille. Il photographie aussi bien les victimes, les coupables, les policiers, les témoins et passants, recréant ainsi une fresque autour de scènes quotidiennes et égratignant sans cesse le lisse et propre rêve américain. Cette lecture de l’œuvre de Weegee n’est pas à contre-courant des travaux photographiques de l’époque. Au contraire, il participe de cette naissance d’un photo-journalisme de terrain, qui met tout en œuvre pour être au plus près de l’actualité.

image

Weegee, Man sentenced to death, date unknown.

Il y a un attrait macabre dans ces photos, toutes ou presque mettent en scène l’accidentel, la violence. Weegee met un point d’honneur à photographier non seulement les victimes mais aussi ce qui se passe autour, en particulier les regards des badauds. Il s’opère alors un cruel jeu de miroir: qui est le plus voyeur? le photographe qui se précipite sur le lieu d’un crime sanglant alors que la fumée des revolvers ne s’est pas encore dissipée, ou bien les badauds qui s’agglutinent autour du cordeau de police, ou qui regardent en riant un homme ivre mort?

En s’attachant à photographier des faits divers ( il sera surnommé “Monsieur faits-divers” par la police new-yorkaise qui a très vite su composer avec cet énergumène, l’autorisant même de manière informelle à utiliser les fréquences de la police), Weegee dresse un portrait mosaïque des maux de la société américaine: le chômage entraine la pauvreté et la mendicité voire la violence. Que ce soit les questions raciales, les règlements de compte entre mafias, Weegee traite chaque sujet avec la même attention. Son terrain privilégié, c’est New York, et tout particulièrement sa vie nocturne, dans ses lieux emblématiques (cabaret, restaurant, refuge de nuit, lieux mondains, bordels qu’il fréquente assidument…), et au fil de ses incidents sordides ou tragiques (crimes, accidents, noyades, incendies…). L’art du photographe consiste, selon sa propre expression, à « montrer combien, dans une ville de dix millions d’habitants, les gens vivent en complète solitude »

Les photos de Weegee, essentiellement nocturnes, sont majoritairement prises au flash. Il utilise le plus souvent un Speed Graphic 4×5 avec un ouverture à f/16, à 1/200e de seconde et une focale à 10 pouces (25 centimètres). Il est également utilisateur de Rolleicord, ce qui lui permet de prendre des photos extrêmement nettes et rapides. La lumière met crûment en valeur les corps et projette des ombres parfois grotesques sur les visages. Le contraste et les sujets évoquent les films noirs.

image

Weegee, New-york, 1941

Il est difficile de cerner les intentions de Weegee et difficile aussi de le considérer pleinement comme un photographe social. Il circule comme un électron libre entre le photo-journalisme et la photo à sensation. Il a un regard tantôt cynique, tantôt tendre sur ses concitoyens. Prendre des photos dans les moments de drames quotidiens (les faits divers) met étrangement en lumière ce que l’humanité peut avoir de plus cocasse et de plus répugnant. Weegee est donc un personnage ambigu, souvent critiqué comme étant un vautour rodant autour des scènes de malheur pour mieux vendre ses images. Il serait ainsi un des précurseurs des paparazzi et de la presse tabloïd. Mais il reçoit en parallèle la reconnaissance artistique de son travail puisqu’il est exposé au MoMA en 1943…

Murder is my Business est le titre de sa première exposition officielle en 1941, et résume assez bien le cruel et cynique prix de l’indépendance photographique, partagée entre la nécessité de vendre et celle de rendre compte.

C’est un drôle de personnage, une tête de mafieux, cigare éternellement vissé au bec (il tournera en tant qu’acteur dans plusieurs films) grossier, fréquentant les bordels, passant ses nuits dans sa voiture… Il n’a pas la “noblesse” attendue d’un photographe social, chevalier blanc de l’image… Et pourtant il s’est peut être mieux que quiconque fondu dans le milieu qu’il photographiait.

Références:

http://mag-lsp.location-studio-photo.fr/talents/weegee-et-le-fait-divers-a-new-york.php

  • Miles Barth, Weegee’s World, Bulfinch Press, 1997
  • Kerry William Purcell, Weegee, Phaidon, 2004
  • Unknown Weegee, Steidl Publishing, 2006