Dorothea Lange (1885-1965) photographier pour mieux apprendre aux gens à voir au delà des images

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Il est des personnages dans l’histoire de la photo sociale qui vous donnent à la fois des leçons de vie et des leçons de photographies.

C’est le cas de l’incontournable Dorothea Lange (1885-1965).

Nous avons croisé son nom en parlant dans le dernier article de Walker Evans son quasi contemporain avec qui elle partage un regard photographique mais aussi le fait d’être connue mondialement pour son travail autour des fermiers migrants américains pendant les années 30 et 40. Mais son travail ne se résume pas qu’à cette mission.

Son travail phtotographique est intimement lié à sa vie donc plongeons nous dans celle ci !

Dorothea Lange est née Dorothea Margaretta Nutzhorn le 26 mai 1895 à Hoboken dans le New Jersey. Sa famille est la deuxième génération de migrants allemands à s’installer sur le sol américain. Elle renie son nom de naissance dès ses douze ans lorsque son père quitte le foyer familial. Elle prend alors le nom de jeune fille de sa mère, mais les conséquences de cet abandon paternel se ressentent également plus tard dans le choix de ses sujets photographiques ( sans vouloir faire de la psychologie de bas étage). Il faut retenir que Dorothea Lange met si bien en valeur le monde des laisser pour compte car elle s’en sent proche.

A l’âge de 7 ans Dorothea contracte une poliomyélite qui l’affectera toute sa vie car elle restera boiteuse. Contre toute attente elle refuse de devenir enseignante bien qu’elle ait passé des études brillantes et décide de devenir photographe. Comme ça. Sans avoir jamais fait de photo auparavant. Elle s’inscrit en photo à la Columbia University de New-York et couple ses études en travaillant dans des petits studios photos où elle apprend toutes les facettes du métier et commence à photographier pour des mariages ou en studio.

En 1918 elle s’installe à San Francisco et ouvre un an plus tard un modeste studio photo et se spécialise dans les portraits. Elle rencontre rapidement le succès et se taille une réputation locale. Mais très vite l’envie de sortir du studio la démange et elle réalise dès 1920 des photos en extérieur.

En 1930 c’est la remise en question:

“J’ai réalisé que je photographiais les seules personnes qui m’ont payée pour cela. Cela m’a dérangé. Alors j’ai fermé ce lieu, et démonté ma chambre noire. Je me suis demandé : qu’est-ce que j’essaie de dire? J’ai vraiment voulu me regarder en face.”

Elle ferme donc son studio à San Francisco et cherche à photographier ce qui se passe autour d’elle, aller voir ceux qui n’apparaissent ordinairement pas sur les tirages. Et des laissés pour compte il y en a beaucoup dans l’Amérique des années 1930. Le pays traverse une crise financière sans précédent. Et cette crise financière à un impact social aussi immédiat que cruel.

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Dorothea Lange, White angel bread line 1933

Elle veut se servir alors de son appareil photo comme d’une “machine à tuer les indifférences” et va à la rencontre des personnes qui subissent de plein fouet la crise:  avec les cheminots grévistes à San-Francisco, les milliers de chômeurs qui cherchent quotidiennement du travail en vain, les fermiers sans terre contraint à l’exode. La Californie parait encore être un El Dorado pour beaucoup de familles rurales venant d’Alabama ou d’Oklahoma ( c’est tout le sujet du roman de Steinbeick “Les Raisins de la Colère”). Dorothea Lange cherche donc à témoigner des conditions de ces migrants, arrivés en Californie sur de fausses promesses d’embauche et de vie meilleure et qui se retrouvent bien souvent entassés dans des camps de fortune et travaillant au rabais pour les producteurs californiens.

Dorothea Lange est engagée par le WPA (Work Progress Administration) pour témoigner de la situation et aider à trouver des solutions. Elle témoignera surtout durant les quinze années ou elle travaillera pour les services d’Etat (qui changeront plusieurs fois de nom) de la profonde dignité des hommes et des femmes dont elle saisi des portraits rugissants d’humanité. Ses photos les plus connues datent de cette époque. On pense immédiatement à l’iconique “Mère migrante” prise en 1936. Mais ses différents reportages permettront d’alerter le public sur la situation et surtout de lui donner de l’empathie.

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Dorothea Lange, Migrant Mother 1936

Elle quitte ce qui est devenue la FSA en 1943 car elle ne se sent plus du tout en phase idéologique avec le programme.

La maladie la contraint à cesser de photographier pendant presque 6 ans mais repart de plus belle dès 1954-55 en réalisant de longs reportages sur la vie de mormons en Irlande. c’est aussi à cette période qu’elle réalise en collaboration avec le journaliste Ansel Adams des reportages pour le magazine Life. Elle se lance également dans une étude approfondie du système judiciaire californien.

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Dorothea Lange, Coca Cola bottle children and mother, Californie 1939

Au début des années 60 elle fait plusieurs voyages à l’étranger, notamment en Asie orientale, au Venezuela, en Equateur et au moyen orient.

Elle s’éteint peu de temps après, en 1965 des suites d’un cancer.

Il y a tant à dire de la vie de cette photographe que nous lui consacreront un deuxième article très bientôt!

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