Walker Evans (1903-1975) d’écrivain raté à monstre sacré de la photographie documentaire.

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Walter Evans, portrait, photographe inconnu.

Walker Evans est un photographe américain, né en 1903 et mort en 1975. Il est surtout connu pour ses photos réalisées pour la Farm Security Administration (FSA). On a tous déjà vu, parfois sans le savoir, un de ses portraits des fermiers pauvres de l’Alabama. Mais son travail ne peut se réduire à ça, il  est aussi et surtout un homme fasciné par la notion de document  et un photographe radical dans son approche de la photographie.

Lorsqu’on a pour ami Cartier-Bresson et que celui-ci dira “simplement” de Walker Evans : “Sans le défi que représentait son œuvre, jamais je ne serais resté photographe…” celà pose le personnage. Retrospectivement il apparait comme un monstre sacré de la photographie sociale et documentaire, mais c’était un homme plutôt réservé, timide et perfectionniste.

1/  d’”écrivain raté “ à “monstre sacré de la photographie”

Il est né dans une famille aisée du Midwest américain, mais sa famille déménage souvent (Toledo, Chicago, New-York) au grès des exigences du travail de son père.Diplômé de la Phillips Academy (Massachusetts) en 1922, il étudie la littérature française qui le fascine (Flaubert surtout) au Williams College. C’est un boulimique de lecture.

En 1923 il part pour New York où il va passer trois ans, et il commence à écrire des nouvelles.

En 1926, comme Ernest Hemingway, Henry Miller ou encore Scott Fitzgerald il part pour Paris, grâce à son père. Il y séjourne pendant un an, et tente de suivre des cours de littérature à la Sorbonne.

Mais sa situation financière le ramène en 1927 à New York. Il traduit Cocteau et Larbaud, travaille pour une libraire et rencontre des amis qui lui font découvrir la photographie. Pour vivre, il est clerc d’un cabinet d’agent de change à Wall Street de 1927 à 1929. En même temps il mène une vie de bohème à Greenwich Village, comme « écrivain raté ».

En 1928, n’arrivant pas à maîtriser une écriture personnelle, sachant rendre compte de la réalité du chômage, il délaisse la littérature, s’achète un appareil photo et veut devenir photographe.

En 1930, ses premières photos de gratte-ciel le font remarquer et lui apportent une petite notoriété mais c’est surtout la découverte des photos d’Henri Cartier-Bresson et d’Eugène Atget qui le conforte dans ses recherches. En grand admirateur de Flaubert il applique l’une de ses maximes: “L’artiste doit être comme Dieu dans la création, donc partout être ressenti, mais jamais être vu”. Il cherche alors à photographier sans complaisance, cherche l’objectivité et le style direct que permettent les appareils photo.

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En 1933, il reçoit une commande pour observer la révolution cubaine. Ce reportage fera l’objet d’un livre publié plus tard: The Crime of Cuba

2/ La Mission photographique de la Farm Security Administration

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Walker Evans, Allie Mae Burroughs, 1936

Entre 1935 et 1943, il fera de cette équipe de photographes (plus de 30 photographes, dont Dorothea Lange ou Jack Delano) qui va sillonner les États-Unis, avec pour mission d’enregistrer les drames de la plus terrible crise économique qu’ait jamais connue le pays. Notamment dans le monde rural alors en pleine mutation. Du moins la modernisation agricole et les mutations qui en résultent sont voulu par le gouvernement Rooswelt. La FSA ( Farm Security Administration) est créée pour accélérer la modernisation agricole du pays. Il s’agit de convaincre l’Amérique de poursuivre les réformes, et ce travail de communication passe par l’image. C’est donc grace à sa section photographique, dirigée par Roy Stryker de 1935 à 1942, que la FSA est surtout connue : le projet consiste à faire un bilan objectif des conditions de vie et de travail des Américains ruraux. Roy Striker, inspiré par le travail de Lewis Hine, recrute de nombreux photographes, célèbres ou encore anomynes, venant de divers horizons stylistiques ( photographie journalistique, documentaire…) en fonction de leur engagement social et politique.

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Walker Evans Sharecropper, Hale Conty, Alabama 1936

À travers 270 000 documents, les photographes, chacun à leur façon, dressent un portrait très humain de l’Amérique en crise. Les portraits comme Mère Migrante de Dorothea Lange, (que nous voyons très bientôt) ou ceux de fermiers en Alabama de Walker Evans marquent profondément les Américains de l’entre-deux-guerre.

Pour tenter de faire le tri parmi les images et de donner un sens à cette masse de photos , Walker Ewans est nommé « Senior Information Specialist ». En 1935, Walker Evans part en mission. Ses photos, prises à la chambre, sont d’une impeccable précision.

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 Il s’attache à l’architecture vernaculaire, photographie les intérieurs des maisons modestes, mais aussi des pancartes et des affiches publicitaires élargissant ainsi les problèmes directement traités par la FSA. Les missions de cette dernière évoluerons et s’élargirons des seuls problèmes agricoles à la documentation des évolutions sociétales et vernaculaires.

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Walker Evans sur le terrain en 1936, probablement photographié par James Agee.

En 1936,parallèlement à sa mission pour la FSA, Walker Evans voyage avec l’auteur James Agee pour illustrer une commande du magazine Fortune sur les familles de fermiers en Alabama. De cette collaboration naît l’ouvrage Let Us Now Praise Famous Men, (Louons maintenant les grands hommes) qui ne paraîtra qu’en 1941, finalement refusé comme reportage par le magazine qui l’avait commandé.

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Walker Evans, Bud Fiels and his family, Alabama 1935

Museum of Modern Art, (MOMA), de New York lui consacre une exposition «Walker Evans: American Photographs» sur ses clichés pris entre 1929 et 1936, c’est la toute première fois que ce musée se consacre à l’œuvre d’un seul photographe.  Le livre « American Photographs » catalogue de l’exposition va marquer des générations de photographes.

3/ Ecrivain de l’image

En 1938 Evans rompt totalement avec cette période et revient dans le monde urbain. Il entreprend une série de portraits sur le vif dans le métro new-yorkais, qui durera jusqu’en 1941. Il décrit « l’écrasante absence de joie » de ces gens. 

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Avec son appareil dissimulé, le bruit de l’obturation couvert par celui du métro, Evans met au point un dispositif fait pour éviter aux sujets photographiés tout rapport à leur image. 

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Peut-on encore parler de portraits? Son objectif consiste à rendre de la manière la plus juste et instinctive possible ses sujets, sans empathie apparente, sans subjectivité déplacée. Il s’impose une exigence de réalité, refusant le sentimentalisme mais faisant paradoxalement des images malgré elles très chargées émotionellement. Il cherche surtout à comprendre les hommes et les femmes qui évoluent dans cette société qui mute à une vitesse effarante. Le temps qui passe entre l’instant du cliché et sa relative immortalité le fascine. C’est la transformation du présent de cette nation en passé qui le hante: « ce qui intéressait Evans, et ce qui l’intéresse encore, c’est de savoir à quoi ressemblera le présent lorsqu’il sera devenu le passé.» (Jeremy Thomson)

Par la suite, il travaille au Time en 1943, puis collabore pendant vingt-deux ans, à Fortune. Il fuit les portraits de célébrités auxquels il pouvait accéder en travaillant pour Fortune. Il fuit la foule pour saisir les individualités.

Il abandonne la presse, en 1965, pour enseigner la photographie et la conception graphique à l’université de Yale jusqu’en 1974.

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Le MOMA lui consacre à nouveau une grande rétrospective en 1971. Il découvre vers 1973 la couleur grâce au film polaroïd et il mène à la fin de sa vie, des expérimentations en couleurs avec un appareil SX-70 de Polaroïd. Cette période est mal documentée, car on ne veut voir de Walker Evans que le photographe documentaire de la misère sociale.  lui qui trouvait que « La photographie en couleur est vulgaire ! » se contredira lui même en réalisant des milliers de clichés (portraits de femmes surtout, d’amis, d’étudiants) lui permettent de réaliser  «de la contre-esthétique ».

Il est mort, chez lui, le 10 avril 1975, à New Haven, Connecticut. Aucune cérémonie, aucun service funèbre,

Cet admirateur de James Joyce, est à la recherche du sens des choses et d’une certaine éthique; aussi il photographie beaucoup, et sur tous les sujets. Sa technique de photo varie entre un soucis très architectural du cadrage et ses photos “instinctives” et volées du métro.

La lumière rasante de côté est sa marque de fabrique : Evans aime cette lumière qui révèle le maximum de détail sur la surface des murs et des visages de ses sujets.

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Walker Evans, Intérieur d’un mineur de Virginie, 1935.

Comme on l’a vu sa passion de jeunesse pour la littérature ne le quittera jamais vraiment et peut se retrouver dans son approche de la photo. Quand il est employé pour faire ce qui s’apparente à de la propagande par la FSA, il cherche en fait le réalisme ( au sens littéraire du terme) plus que de la photo militante sociale. L’image se place pour lui entre une certaine éternité de l’oeuvre d’art et l’éphémère et l’instantané de l’objet commercial ou journalistique

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