August Sander (1876-1964) portraitiste splendide de la société allemande

August Sander Image courtesy of Weinstein Gallery

1.       Un géni autodidacte

August Sander est né à Cologne en 1876. Il grandit dans une ville
minière, industrie qui emploie son père. Il travaillera lui-même
quelques temps dans les mines. Il découvre la photographie lors de
son service militaire à Trèves où il est d’abord l’assistant
d’un photographe. Par la suite, il suivra une courte formation
artistique à Dresde et s’enrichira de deux années de voyage en
Allemagne. En 1902, il ouvre un studio dans la ville de Linz
(Autriche) avant de revenir dans sa ville natale en 1910. Dans les
années 1920 il enrichit son approche artistique de la photographie
en côtoyant les peintres du mouvement progressiste de Cologne Raoul
Haussmann et Otto Dix.

August Sander. III/17/9. Painter (Marta Hegemann), c. 1925.
Gelatin Silver Print, printed later by Gerd Sander © Photographische
Sammlung/SK Stiftung Kultur, Köln / courtesy by FEROZ Galerie, Bonn

Portraitiste de génie, August Sander réalisera quelques
splendides documentaires photographiques. Il gagne son pain quotidien
grâce à des travaux de commande publicitaire et à de la
photographie d’architecture. Doté d’une fibre sociale raisonnant
dans l’ensemble de son œuvre, August Sander est sans nul doute une
des plus grands photographes allemands.

Poseur de brique, 192, August Sander

Ce serait un euphémisme que de dire qu’August Sander fut
prolixe. Il réalisa en effet plus de 40 000 clichés en grand
format tout au long de sa carrière.

Il fait preuve d’une volonté marquée de documenter la société
de la manière la plus objective qui soit, ce qui explique
certainement le nombre des négatifs qu’il nous laissera.

Il doit interrompre une première fois l’œuvre de sa vie lors
de la première guerre mondial.

Jeunes fermiers, 1914, August Sander

Entre les deux guerres il documente la société allemande et la
montée du Nazisme. C’est la Seconde Guerre Mondiale qui mettra un
terme définitif à sa carrière. Son travail sera victime de
l’autodafé du Partie National Socialiste. Les Nazis iront jusqu’à
détruire les blocs d’impression de son éditeur.

Soldat, 1940 , August Sander

2.       Des photographies
social condamnées à l’autodafé.

“Visages de notre temps” (Antlitz der Zeit) et “Les hommes du XXeme
siècle" (Menschen des 20. Jahrhunderts) sont deux grands
ouvrages d’August Sander qui doivent figurer au Panthéon de la
photographie sociale.

Fiancée rurale, 1925-1930

Dès 1911 il commence un travail de grande envergure sur « les
Hommes du XX° siècle ». Il divise la société allemande en 7
groupes dont il tire le portrait : « le paysan »,
« l’artisan », « la femme », « les
catégories socioprofessionnelles », « les artistes »,
« la grande ville », « les derniers des hommes »
(ayant pour thème la vieillesse, la maladie et la mort). Pour ce
travail August Sander réalise plus de 600 portraits. Inspiré par la
psycho-morphologie et la physiognomonie, il essaie de présenter avec
la plus grande objectivité et le plus grand réalisme possible un
portrait de son époque. Pour réaliser ses portraits il demande à
ses sujets de se tenir comme cela leur semble le plus naturel. Le
résultat sont des représentations sans effets, frontaux et
conduisant à un effacement du photographe face à son model. Cette
technique inspirera d’autres grands photographes comme Walker Evans
ou encore Bernd et Hilla Becher.

Instituteur, 1921, August Sander

Le travail artistique de Sander relève tant des portraits qu’il
tire que de la manière de classifier dans des mosaïques mettant en
opposition ou en parallèles les différents membres de la société.
 

Le philosophe allemand Max Scheler, 1925, August Sander

Forgerons, 1926, Auguste Sander

Photo tirée d’une série sur les travailleurs du cirque
réalisée entre 1926 et 1932, Auguste Sander

Le célèbre peintre allemand Otto Dix et sa femme Martha,
1926
 

Si certain place le travail de Sander dans le mouvement de la
nouvelle objectivité (Neue Sachlichkeit), cette analyse est remise
en cause par des historiens de l’art. Son travail relève plus
certainement du style documentaire encore naissant à son époque.
Les portrait réalisés par Sander relève en effet du « langage
de la réalité » dont parle Olivier Lugon.

C’est ce travail qui attirera les foudres du parti Nazi qui
brulera les ouvrages du photographe en 1936. Son fils sera arrêté
pour ses opinions politiques deux ans plus tôt et mourra en prison
en 1944.

A la fin de la Seconde Guerre Mondiale il réalisera quelques
clichés de sa région dévastée par les bombardements.

Décédé en 1964 « ce n’est qu’au début des années
1970 que Sander réussit à acquérir une certaine notoriété par la
publication, aux éditions Bucher, d’une vaste série de portraits
intituléeMenschen ohne Maske (Hommes sans masque). » Son
œuvre fera l’objet d’un grand travail de publication en 1980
sous la direction de son fils avec la participation de l’historien
Ulrich Keller puis en 2002 sous la direction de Suzanne Lange
(conservatrice des archives Sander à Cologne).

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s