Augustin-Victor Casasola: entre actualité et histoire

  1. Photojournaliste avant tout
image

Autoportrait – Augustin Victor Casasola

Dirigeons nous à présent au Mexique pour continuer notre cheminement parmi les photographes qui ont fait l’histoire de la photographie sociale. Voici le travail de Augustin Victor Casasola connu pour être l’un des premiers photographes mexicains à avoir richement documenté la vie de son pays et notamment la révolution mexicaine.

Augustin Victor Casasola est né le 28 juillet 1874 à Mexico. Il perd son père à l’âge de 6 ans et est contraint à travailler très jeune en apprentissage dans un atelier de typographie. Le monde des journaux est son école puisqu’il travaille en tant que journaliste dans différents journaux locaux dès l’âge de 20 ans.

image

Mexican Independence Day – 1906

A 24 ans, passionné de photo, il devient officiellement photojournaliste au sein du journal El Democrata. Il n’aurait pu être mieux placé dans l’histoire. Les années 1900 ont apporté de grandes avancées innovantes dans la photographie, l’une d’elle était le demi-ton. Son utilisation sur des presses à grande vitesse a révolutionné l’image imprimée. La photo prend le pas sur les gravures habituellement utilisées dans la presse pour illustrer un évènement.  Or les lecteurs exigent de voir des “choses vraies” et la photographie prend peu à peu une place conséquente dans les journaux. La population étant alors à 85 % analphabète, l’image jouait donc un rôle primordiale dans la diffusion de l’information. Ce qui était vu comme de la simple illustration, devient un médium d’information à part entière.

image

Fortino Samano en Paredon, 1917 Augustin Victor Casasola

En 1907, Casasola, intrépide parvient à glisser son appareil photo au plus près de l’actualité. Le Général Lisandro Barillas, l’ancien président du Guatemala, a été abattu. Les assassins devaient être exécutés devant un peloton d’exécution dans la prison de Belen. La couverture de l’exécution a été interdite. Casasola grimpa sur un poteau téléphonique pour pouvoir prendre une photo par dessus le mur de la prison. Cet incroyable exploit lui a valu un prix spécial.

En 1917 il est brievement vice-consul mexicain en Arizona. Une photo de groupe le présente à côté du consul Delgado avec un appareil photo à la main! Il avait donc à coeur de faire rayonner son pays à l’étranger, mais garde avant tout son statut de photographe, sans doute conscient que l’image sait s’affranchir des frontières et des langues.

2. Créer une des premières agences photographiques au monde…

image

Soldier during the Mexican Revolution – 1914 Augustin Victor Casasola

Afin de pouvoir exercer au mieux son activité de photojournaliste et conscient que l’image est devenue incontournable pour véhiculer au mieux des informations, il crée en 1894 avec d’autres journalistes la toute première agence de photographie mexicaine  (Agencia Fotografica Mexicana). Son but est de proposer des outils pour promouvoir le photojournalisme au Mexique et de mettre en relation les journaux avec les photographes qui peu à peu se professionnalisent. L’agence a aussi vocation à donner des images de la révolution mexicaine en cours pour les journaux du monde entier. Sa devise est “ j’ai ou je peux produire la photo dont vous avez besoin”. Augustin-Victor Casasola collabore donc avec des revues étrangères et fournit des images pour documenter au plus près les événements de son pays.

image

Francisco “Pancho” Villa and Emiliano Zapata – Dec. 6, 1914 Augustin Victor Casasola

Inspiré par le travail des photographes européens et américains Atget et Riss sa pratique photographie évolue. Plus tard, il a reçu les remerciements du président par intérim Francisco León de la Barra “pour inaugurer une nouvelle phase de la liberté de la presse photographique.” La photographie est donc un outil politique révolutionnaire car elle est considérée comme un médium “libre”.

image

Assasination of Emiliano Zapata – April 10, 1919Augustin Victor Casasola

L’agence grossi  pour atteindre près de 423 photographes et change de nom fin 1912 . Rebaptisée Agence Mexicaine de l’Information et de la Photographie, elle  attire de plus en plus de photographes et commence à acheter des photographies à des photographes amateurs pour les revendre à des organismes étrangers ou à des journaux. Lorsque Imparcial ( le journal pour lequel il travaille en priorité pendant la révolution) a cessé d’être publié en 1917, Casasola récupère tous les fichiers photographiques relatifs à la révolution. Il compile plusieurs de ses photographies dans “Album historico grafico”  qui couvre les événements de la Révolution mexicaine . Il est difficile de savoir quelles photos ont été prises par Victor Casasola, son frère également photographe signe ses photos du même nom et beaucoup de photos que possède l’agence ne sont pas signées. Il n’aura la possibilité de produire que les six premiers volumes (des années 1910/1912), car le succès public n’est pas au rendez vous…. En 1920, avec d’autres photographes mexicains de renom, il fonde  l’ Association mexicaine des Photographes de Presse .

3. Casasola l’archiviste du temps présent.

Documenter, garder trace, compulser des images encore et toujours… cela semble devenir l’obsession première de Casasola. Dès 1900 il commence un immense travail d’archivage photographique qui deviendra le fichier Casasola. . Ce fichier serait devenu une obsession vitale pour Victor, il s’acharne à illustrer les faits politiques pertinents, des images de la vie quotidienne, les partis, les événements sociaux et religieux. Il s’agit pour lui de photographier l’histoire en marche. De photo journaliste il devient historien de l’histoire présente. Le médium photographique étant utilisé là pour son caractère d’archive. Les images des faits se substituent aux faits eux même. En 1920 une partie des images du fichier Casasola furent publiées dans la revue Rotográfico..Ses photographies sont vues comme des documents exceptionnels destinés à documenter l’histoire du Mexique tant dans ses aspects politique et militaire que social et culturel. Les grands héros révolutionnaires partageaient une place devant l’objectif avec des criminels et prostituées.

image

Il a été de plus en plus évident que Casasola était plus que juste un enregistreur des faits. Ses portraits, en particulier des groupes, montrent une grande habileté et un talent exceptionnel. Victor Casasola était un homme de grande taille, ce qui lui donne un point de vue différent lorsqu’il prend des photos et leur donne leur caractère. Ses photographies révèlent une composition raffinée de l’espace. Il met en valeur les gestes et les relations entre les personnages. Il porte en outre une grande attention à la qualité de la lumière, surtout dans ses portraits.

image

Augustín Víctor Casasola – Woman Behind Bars, Mexico City

Le point de vue à la fois très subjectif de Casasola sur l’actualité de son pays et l’universalisme des ses choix de sujets photographiques donnent à son oeuvre une portée presque exhaustive de l’histoire récente mexicaine. Il a vu son pays changer en l’espace d’une vingtaine d’années et a cherché à documenter ces changements au plus près de l’humain. A la frontière entre actualité et histoire, l’immédiateté de la photo est un témoin privilégié des événements.

image

Il décède le 30 Mars 1938, non sans avoir transmis le virus de la photo à ses fils, dont Gustavo Zappatta Casasola.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s