Jacob A. Riis (1849-1914), réformateur social et photographe

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Jacob A. Riis, by Pirie MacDonald, he United States Library of Congress’s Prints and Photographs division under the digital ID cph.3b05563

Si comme Diogène, nous cherchions un homme, nous l’aurions peut-être trouvé en la personne de Jacob Riis.

1.      Sa vie

D’origine danoise, il émigre aux Etats-Unis à vingt et un an. A son arrivée dans la Grande Pomme, il fréquente malgré lui les asiles de nuit et les dépôts de police avant de partir travailler en tant qu’ouvrier agricole dans le reste du pays. A son retour, la ville de New York lui est plus accueillante et il travailletour à tour pour le New York Herald Tribuneet le New York Evening Sun. C’estpour ce dernier qu’il est chargé de couvrir le quartier pauvre du Lower EastSide qui accueillait alors les ouvriers venus d’Europe. Il y redécouvre des
logements insalubres propices aux épidémies, la violence et la prostitution qu’il a lui même côtoyé jeune homme.
Engagé par le South Brooklyn News en
1874, il écrit un article sur la corruption des politiciens. C’est alors qu’il est engagé par le New York Tribune et qu’il
entame véritablement son travail sur le Lower East Side et sur les conditions
de vie de ses habitants. Il s’installe à Mulberry Bend, un quartier d’immeubles
collectifs ce qui lui permet d’être un témoin privilégié de la vie dans les
quartiers pauvres.

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Men’s Lodging Room in the West 47th Street Station, 1892.

En 1900 la population de New York augmente drastiquement. Plus
de la moitié des nouveaux venus sont des immigrés venant d’arriver. Ces derniers
se rassemblent dans des quartiers faisant croitre en peu de temps les besoins
en nourriture, logement, vêtements, infrastructures sanitaires… Les récits de
Riis mettent l’accent sur l’humanité de ces populations forcées à la pauvreté.

Il fréquente également les enfants des rues. Ces derniers
sont touchés par une détresse particulière. Mineurs et sans tuteurs ni loi pour
les protéger ils sont contraints de vivre des petits métiers ou des petits
larcins.  

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A boy in a glass factory, 1890, museum of the city of New York.

2.      
Son œuvre.

La pauvreté chez les immigrés intéresse particulièrement
Riis qui voit en eux la personne qu’il était en arrivant par bateau au nouveau
monde. Il écrit un grand nombre d’articles de presse sur cette question et donne
de nombreuses conférences. Il est convaincu et essaie de convaincre la société
new-yorkaise que les pauvres sont les victimes de leur situation et non les
responsables. Son discours est mal perçu, les personnes à qui il s’adresse n’ont
pas conscience de la réalité des gens des rues au jour le jour. Ils voient en
eux des oisifs, rebus de la société dangereux qui ont mérité la pauvreté qui
les frappe. D’après l’historien Robert Bremner « le problème auquel les réformateurs
faisaient face était la nécessité de réveiller le public de sa léthargie,  de réveiller les consciences et de transformer
la bonne volonté naturelle en amélioration sociale. Leurs premiers pas fut de
mettre à nue la responsabilité de la communauté vis-à-vis des souffrances
inutiles.
 » Changer la vision de la pauvreté devait permettre de
relancer les œuvres de charité et améliorer la situation des plus pauvres. D’après
Riis, « la raison du discrédit de la
charité est liée au fait qu’elle est agi sur les fragments brisés, les ivrognes,
les paresseux, autant que faire se peut, déplorant que de telles situations
existent, sans jamais se demander les causes derrière leurs situations ou sans
connaître rien des pauvres honnêtes, économes, vivant des vies héroïques… »

Pour changer cette image de la pauvreté, Jacob Riis
entreprend, par le biais du médium photographique, de construire une nouvelle
image de la pauvreté plus proche de la réalité. Dans un premier temps il fait appel
à des photographes professionnels pour photographier les bas-fonds newyorkais
avant d’acquérir son propre matériel photographique. S’il reste avant toute
chose journaliste, il s’avère être un photographe de talent. Il choisit ses
personnes et ses mises en scène en fonction des arguments qu’il soutient. Il n’hésite
pas à faire poser ses sujets quitte à leur donner quelques pièces pour leurs
services. Pour réaliser certaines de ses photos dans les ruelles ou les taudis
les plus sombres, il utilise un flash dont l’invention date de 1890.

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Lorsque l’on observe les photographies de Riis, il faut
toujours garder en tête qu’il les prenait dans le but de changer la vision de
la population aisée sur les causes de la pauvreté. Ses choix de cadrage et
sujets sont toujours fait dans ce sens. Il comprend la force de l’image et n’hésite
pas à la manipuler pour servir les intérêts qu’il défend. Il sort en cela de
son rôle de reporter puisqu’il prend parti pour les sujets de ses articles. Il
n’est pas seulement un témoin objectif des situations qu’il rencontre, mais un
réformateur social qui agit afin de faire changer des situations qu’il estime
intolérables. Son souhait est, comme John Thomson de nous montrer les immigrés
pauvres comme des « âmes brisées » errantes dans les rues de la ville.

Si l’on considère la photographie documentaire comme « description photographique du monde réel
dont le dessin est de montrer le sujet de manière objective »
, on peut
hésiter à classer Jacob Riis parmi les auteurs de ce type de photographies.
Jacob Riis nous a donné sa vision de la réalité de la pauvreté, une vision,
certainement plus proche d’une réalité objective que celle de ses
contemporains, mais une vision néanmoins subjective et influencée par sa
volonté de favoriser des changements sociaux. C’est en cela que Riis doit être
considéré comme un des pionniers de la photographie sociale et ces œuvres qualifiées de photographies documentaires sociales au même titre que celles de Thomas
Annan.

Outre son travail journalistique, il écrit une dizaine d’ouvrages
sur la pauvreté, dont le premier paru en 1890 passe à la postérité. How the Other Half Lives, studies among the
Tenements of New York
, dépeint la vie dans les rues d’un New-York qui n’a
pas encore connu la gentrification. Cet ouvrage influencera la politique
sociale et scolaire de Theodore Roosvelt, alors chef de la police de la ville
de New York, avant d’en devenir maire et le président des Etats-Unis d’Amérique.
Cet homme, prix Nobel de la paix, qualifiera Riis de « citoyen le plus
utile de New York ».

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Jacob Riis, “Organized charity – family making artificial flowers,” in How the Other Half Lives: Studies Among the Tenements of New York (New York, 1890).

Demain nous verrons plus en détail le travail que Riis
réalisa avec How the Other Half lives et nous analyserons certaines de ses
photographies les plus célèbres.

Sources :

·        
La photographie sociale, collection Photo Poche,
édition Actes Sud. Michel Christolhomme.

·        
« Tout sur la Photo, Panorama des
mouvements et des chefs-d’œuvre », ed Flammarion, sous la direction de
Juliet Hacking.

·        
http://xroads.virginia.edu/~ma01/davis/photography/riis/riis.html

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