John Thomson, réformateur social

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The Crawlers, 1977, From ‘Street Life in London’ 

“Certains de ces crawlers (ndr : to crawl/ramper, ils sont appelés ainsi car ils rampaient dans les rues à la recherche d’eau chaude pour se préparer un thé salvateur, nous voyons en arrière plan la théière et la tasse de la mendiante à l’enfant) ne sont pas, toutefois, aussi dépourvus d’énergie que nous aurions pu le penser dans un premier temps. Quelques jours de logement décent et de nourriture pourraient opérer en eux des transformations merveilleuses. La misère abjecte dans laquelle ils sont plongés n’est pas toujours auto-infligée et méritée; elle est bien souvent le résultat de circonstances malheureuses et d’accidents. Les Crawlers, par exemple, que nous voyons ici, sont la veuve d’un tailleur qui est décédé il y a quelques dix années. Elle vit avec son beau fils, lisseur de marbre, qui est maintenant malade. Il semblerait cependant que dans le meilleur des cas "il n’ai jamais eu beaucoup d’intérêt pour le travail” et un nombre incalculable de querelles sont nées entre lui, sa femme, sa belle-mère et son beau frère, un jeune de 15 ans. Finalement, après bien des années de troubles, la mère, trouvant que la situation de sa fille était aggravée par sa présence, quitta la maison inconfortable pour vivre sans le sous dans les rues avec son fils le plus jeune. Allant de déconvenues en déconvenues, elle a aujourd’hui une place assise parmi les Crawlers du district.“  

Cette première image expliquée par le texte d’Adolphe Smith, illustre le travail réalisé par ce dernier et John Thomson. Le photographe, dans ce portrait de madone à l’enfant nous renvoie au représentations de l’art classique. La femme ne semble pas avoir les forces suffisantes pour continuer sa quête. Derrière elle on aperçoit la théière et la tasse qui indiquent son appartenance à la catégorie des Crawlers londoniens. On devine le profil de l’enfant, dont la pâleur du visage renvoie à une représentation symbolique de l’innocence. L’enfant est régulièrement utilisé par les photographes pour illustrer l’injustice d’une situation. Ces derniers ne peuvent jamais être considérés par celui qui observe comme étant responsables de la situation dans laquelle ils se trouvent. 

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Workers on the ‘Silent Highway’, From ‘Street Life in London’

1. Le co-auteur du Street Life in London. 

Dans les douze parutions du Street Life in London, John Thomson et le journaliste Adolphe Smith présentent en détail la vie dans les rues de Londres de leurs contemporains les moins aisés. Chaque photo de Thomson est accompagnée des commentaires de Smith, donnant une description factuelle de la vie des gens présentés. 

Le magazine paraîtra tous les mois pendant 12 mois entre 1876 et 1877. A la fin de leur collaboration, Thomson et Smith publieront une compilation de ces douze magazines dans un Street Life in London à destination des familles les plus aisées de Londres. 

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"Caney” the Clown, from The Street Life in London.

2. La technique au service du naturel. 

Pour ce travail de rue Thomson choisit la technique du woodburytype inventée par Walter Bentley Woodbury en 1864. 

Le Woodburytype, est un procédé de reproduction et d’impression des images photographiques permettant d’obtenir un certain relief sur la production, comparable à un très léger bas-relief.   

Cette technique accompagnée des progrès techniques réalisés tout au long du XIX° siècle en matière d’optique permet de réaliser des photographies de rue avec un rendu surprenant tout en permettant de figer le mouvement. Elle permet notamment une très grande qualité des détails dans les basses lumières. 

En 1876 John Thomson est au sommet de son art. Les photographies qu’il donne à voir sont d’un naturel surprenant. Les personnages ne semblent pas pauser pour le photographe mais s’afférer simplement à leurs activités quotidiennes. La mise en scène des photographies semble être due qu’aux choix de cadrage et de profondeur du photographe. 

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An Old Clothes Shop, St Giles, from The Street Life in London.

3. Un grand photographe social. 

Le travail réalisé par Thomson et Smith, transformé en ouvrage à destination des familles aisées de Londres a un potentiel pédagogique évident. De prime abord, il peut s’agir d’une série de reportage, proche de photojournalisme. La dimension de l’oeuvre réalisée par les deux comparses et le détail avec lequel il traite le sujet nous renvoient plutôt à une oeuvre documentaire. Enfin, la manière dont Thomson guide notre regard sur ces personnes, humbles et dignes justifie à elle seule de qualifier ce travail de documentaire social. 

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Labourers at Covent Garden Market, from The Street Life in London.   

Si vous voulez découvrir plus en détail le travail de John Thomson et de Adolphe Smith, le magazine Street Life in London est à votre disposition gratuitement (ce qui devrait être le cas de tous les ouvrages libres de droit) en suivant le lien suivant : 

 http://digital.library.lse.ac.uk/collections/streetlifeinlondon

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