Thomas Annan, commandité du premier reportage social

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Photographs of Old Close Streets & c. prise entre 1868 et 1877, Close n° 193 High Street. 

1. Une oeuvre de commande

L’album réalisé par Thomas Annan, Photographs of Old Close Streets & c. est à l’origine un travail commandité par Glasgow City Improvment Trust. La ville de Glasgow autorise en 1866 la destruction de ses quartiers les plus mals famés, situés dans le City Parish. Le Trust chargé de la réalisation de ce projet choisit Thomas Annan, dont la renommé n’est plus à faire dans la ville de Glasgow, pour réaliser un reportage photographique présentant les conditions de vie dans ces rues vouées à la destruction. S’il s’agit de prime abord d’un travail documentaire, Thomas Annan n’est pas missionné uniquement pour faire un compte rendu visuel de la situation ou de graver l’histoire dans ses photographies. L’intention du Glasgow City Improvment Trust est probablement de justifier son intervention en prouvant par l’image la nécessité de détruire ces quartiers pour mieux les reconstruire. Au travers de cette commande, le photographe est mis à contribution pour rendre le futur de la ville possible. 

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Photographs of Old Close Streets & c. prise entre 1868 et 1877, Close n°28 Saltmarket.  

Pour comprendre l’intérêt du reportage de Thomas Annan attardons nous un instant sur la situation de la ville de Glasgow au moment où il prend ses photographies et la description que nous en donne Frédéric Engel en 1845. « La classe ouvrière habite dans des quartiers qui dépassent en misère et en horreur les antres les plus vils de Londres, Dublin Edimbourg… Labyrinthes interminables de ruelles étroites ou wynds où débouchent presque à chaque pas des cours ou des culs-de-sac, constitués par de vieilles maisons mal aérées,très hautes, sans eau et décrépites. Ces maisons regorgent littéralement d’habitants ; chaque étage compte trois à quatre familles, peut-être vingt personnes, et parfois chaque étage est loué comme dortoir pour la nuit, de sorte que quinze à vingt personnes sont entassées, nous n’osons pas direhébergées, dans une seule pièce. Ces quartiers abritent les membres les pluspauvres, les plus dépravés, les moins valables de la population et il faut y voir l’origine des terribles épidémies de fièvre qui, partant de là, ravagent
Glasgow tout entier 
» (Frédéric Engel, 1845). 

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Photographs of Old Close Streets & c. prise entre 1868 et 1877, Close n°75 High Street.

Si le sujet traité est propre à faire considérer ce reportage comme un travail de photographie sociale, les commanditaires de ce travail font douter certains historiens de l’art. Ainsi, le travail de Thomas Annan est rangé par une partie des spécialistes sous la catégorie de photojournalisme. D’autres, comme Anita Ventura Mozley, décrivent ce travail comme “la première série exhaustive de photographie d’un quartier de taudis, le pire de Grande-Bretagne” sans aborder l’essence de l’oeuvre. 

Toutefois, Michel Christolhomme n’hésite pas à présenter Photographs of Old Close Streets & c. comme le premier reportage social. 

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Photographs of Old Close Streets & c. prise entre 1868 et 1877, Close n°18 Saltmarket. 

2. Une réalisation personnelle

Si l’on s’en tient au fait que Photographs of Old Clos Streets & c. est une oeuvre de commande de la municipalité de Glasgow, il est difficile de soutenir la proposition de Michel Christolhomme. Pour comprendre cette affirmation il convient donc de ce pencher sur la manière donc Thomas Annan s’y prend pour réaliser son ouvrage. 

Thomas Annan, grand technicien arrive à traduire l’ambiance des ruelles étroites malgré le manque de luminosité auquel il doit faire face. Il utilise d’abord des épreuves au charbon, puis l’héliogravure pour ses réalisations. Si le travail qui lui est demandé porte essentiellement sur la photographie de l’architecture des rues, on remarque rapidement que sur presque toutes ces prises de vues se dessinent des personnages. On les devine le plus souvent, ils ne semblent pas être le sujet principal de la photographie, mais leur présence fantomatique contribue à l’ambiance générale et sont au final les sujets principaux. Les travailleurs pauvres sont présentés comme des spectres errant dans des rues condamnées à disparaître. 

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Photographs of Old Close Streets & c. prise entre 1868 et 1877, Close n°46 Saltmarket.

Le choix de représenter les personnages ainsi, comme des présences grouillantes dans les dédales des rues sombres et embrumées de la ville, est celui des l’artiste. Nous sommes ici dans une vision plus sombre que celle de O.G. Rejlander. Une des caractéristiques importantes selon nous de la photographie sociale est ici respectée, le fait de placer les sujets de la photographie dans leur contexte. Ce sont les personnages qui font tout l’intérêt de ces photographies et qui contribuent certainement à leur renommée. 

Sur cette photo, prise durant la journée l’on voit beaucoup d’enfants et seulement quelques adultes. Pendant que les parents travaillent, les enfants èrent dans les rues. Tous regardent l’appareil photographique. Le personnage du milieu les bras posés sur les hanches semble plein d’allant, ce qui contraste avec les postures prises par les autres, assis, les pieds nus pour certains, symbolisant leur état de pauvreté. Si l’image que nous renvoie cette photographie est très sombre, un espoir existe et passe par la destruction et la reconstruction de la ville. 

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