O.G. Rejlander, à la  frontière de la photographie sociale

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‘A night on the streets of London’ (Poor Joe), v. 1860, O.G. Rejlander, épreuve albuminée d’après un négatif verre au collodion humide, 20X15cm, Rochester, Geroge Estman House. 

1. La pauvreté comme sujet artistique

Les progrès techniques de la révolution industrielle permettent la diffusion à grande échelle de romans comme ceux de Victor Hugo ou de Charles Dickens. L’un comme l’autre influencent les artistes de leur époque et il n’est pas surprenant de voir les photographes de la seconde moitié du XIX° siècle braquer leurs objectifs sur la misère des rues décrites par ces deux monuments de la littérature. 

Les hommes de lettres comme ceux qui se cachent derrière le voile de leur chambre noire vivent dans des villes paupérisées par l’exode rurale. Il n’est donc pas étonnant que O.G. Rejlander choisisse de saisir à travers le medium photographique cette pauvreté qui marque son quotidien.

Fatigué par son travail artistique sur la photographie par le procédé de collage qui lui demande énormément de travail, il les abandonne pour poursuivre son activité de portraitiste réalisant, dans un style documentaire, des portraits de gamins des rues. Le choix du sujet n’a rien de surprenant. En effet, d’après les écrits du réformateur social Heny Mayhew auteur de Travailleurs et pauvres à Londres (1851), il y aurait dans les rues de Londres entre 10 000 et 20 000 enfants de moins quinze ans vivant dans la misère. 

A night in the streets of London, également connu sous le titre de Poor Joe, fait partie d’une série de portraits d’enfants des rues réalisée par O.G Rejlander. L’enfant est mis en scène, prostré sur les marches d’un escalier. Ce clair-obscur surprend par la richesse des détails qui le constitue. Le drapé des vêtements, la posture de l’enfant et la richesse des nuances de gris font de ce portrait un véritable tableau. Tout les éléments de cette composition sont choisis avec soin et la prise de vue est maîtrisée la perfection. Rien n’est laissé au hasard, ce qui contraste avec ce que l’on peut imaginer de la vie de l’enfant sujet de ce portrait. 

On retrouve dans Poor Joe le rendu qui fait que l’on considère encore aujourd’hui O.G. Rejlander comme le père de la photographie d’art.  

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Urchins playing a Game. O.G. Rejlander, épreuve albuminée d’après un négatif verre au collodion humide. 

Autre exemple du travail de O.G. Rejlander sur la pauvreté, ces enfants jouant aux osselets semblent presque en mouvement. On retrouve ici l’illusion créée par les mises en scène de Charles Nègre dans ses photographies de rue mais avec une vision plus sentimentale des enfants. 

2. La pauvreté mise en scène

Nous savons d’après la note de l’historienne de l’art Stephanie Spencer que l’atelier de O.G. Rejlander, sur Malden Road, dans le nord de Londres était proche de Chalk Farm Ragged School for Boys. Cette institution se chargeait de donner le gîte et le couvert aux enfants des rues et de leur dispenser une éducation. Cela fait dire à l’historienne que : « les enfants des photos de Rejlander sont propres et bien nourris ; ce ne sont pas de vrais enfants des rues mais plutôt des petits pris en charge par une institution charitable. » 

On sait également que le photographe fournit les habits aux enfants qu’ils met en scène. Il est connu pour demander aux passants de lui donner leurs habits pour ses réalisations. Sa représentation de la pauvreté est comparable à celle décrite par Charles Dickens dans Bleak House. O.G. Rejlander donne une image touchante des enfants pauvres et n’a pas peur d’ajouter une pointe d’humour à sa réalisation. Bien que le style soit proche du documentaire, la mise en scène et les enfants choisis pour être photographiés font que le travail de O.G. Rejlander reste plus proche de la réalisation artistique. 

3. Des enfants comme sujet 

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Alice Liddell déguisée en mendiante, Charles Dodgson, épreuve albuminée d’après un négatif verre au collodion humide.

Le fait de choisir des enfants comme modèle, en particulier lorsqu’ils n’ont pas de parents pour les protéger pose de nombreuses questions éthiques. Les questions de droit à l’image ne se pose pas encore dans l’Angleterre Victorienne. Toutefois, le regard que nous posons aujourd’hui sur ces enfants peut nous rendre mal à l’aise.

L’intention de O.G. Rejlander est officiellement documentaire, mais la mise en scène qu’il choisit fait sortir ces photos de ce simple cadre. Il manipule notre regard et fait naître en nous un sentiment de mélancolie.

Le choix fait par O.G Rejlander de photographier des enfants doit être remis dans son contexte. Le photographe est ami avec Irène Julia Margaret Cameron et Charles Dodgson (plus connu sous son nom de plume : Lewis Caroll). Tous deux pratiquent la photographie d’enfants. Ils posent comme modèles et leur permettent de dépeindre le monde de l’insouciance. Ces deux photographes prennent des clichés d’enfants parfois très peu vêtus ou tenant des postures choquantes pour l’époque et qui dérange encore l’observateur attentif.

Une étude d’Alice Liddell déguisée en mendiante, peut nous aider à comprendre les raisons de la polémique au sujet de Lewis Carroll. Dans cette image le photographe nous donne à voir Alice Liddell, la petite fille pour qui il a écrit Alice au pays des merveilles. La jeune fille est à moitié dénudée. On peut voir ses jambes jusqu’au genoux et même un de tes tétons . Elle regarde l’objectif fixement et son regard froid nous mais presque mal à l’aise. La main qu’elle tient comme pour faire l’aumône mais trop près de son corps ainsi que son point posé sur sa hanche rappelle selon certains historiens de l’art la posture des jeunes prostituées londonienne. Le roman de Lewis Carroll, mis en relief par ses photographies entretient la polémique selon laquelle il eut été pédophile. Certains remette en cause cette interprétation en comparant ces photographies avec celle de Julia Margaret Cameron. Cette dernière met en scène ses propres filles, parfois dans des déshabillés, représentation particulièrement osée pour l’époque Victorienne. Ainsi les photographies prises par l’auteur d’Alice au Pays des Merveilles devraient être remis dans leur contexte. Notons toutefois qu’après cette série de photographie, les relations entre Charles Dodgson et la petite Alice cesserons brutalement, sans raison apparentes.

4. La pauvreté et le sentimentalisme de O.G Rejlander 

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Hard Times, O.G. Rejlander, v. 1860, épreuve albuminée d’après un négatif verre au collodion humide.

Nous l’avons vu, O.G Rejlander traite la pauvreté comme sujet d’art et avec un certain sentimentalisme. Cela ce voit dans l’ensemble de ses prises de vue et notamment dans Hard Times. Il illustre ici la condition de vie des travailleur pauvre. On y voit un père, outil à la main, le regard plongé dans de sombres pensées. Derrière lui l’on image que dorme sa femme et son enfant, devant partager un seul et unique lit. L’angoisse qu’éprouve le travailleur pauvre le tient peut être en éveil. Si l’homme est visiblement un travailleur physique, il est dans une tenue propre bien que simple. O.G. donne ainsi une représentation esthétique et artificielle de la pauvreté.

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Cette représentation tranche avec celle de certains de ses contemporains. On peut notamment citer le travail réalisé par Thomas John Barnes pour le compte du Dr Barnardo. La collaboration de ces deux hommes donne naissance à une première vague de communication dans un but de récolter des fonds et utilisant pour médium la photographie. La pratique des deux hommes, mettant en scène des enfants de l’institution pour laquelle ils œuvrent fera l’objet de nombreuses critiques déjà à leur époque. Thomas John Barnes réalise des montages de photographies, la première présentant en enfant des rues dans une mise en scène apitoyante et la seconde montrant le même enfant travaillant dans des habits neufs.

Ce travail quasi-publicitaire se distingue du travail esthétique de O.G Rejlander. Dans la même période historique on peut relever l’approche proposée par Alice Austen qui photographie  ses sujets en conservant dans dans leur représentation toute la dignité que l’on doit reconnaître en chaque être humain.

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Alice Austen

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