O.G. Rejlander, « Père » de la photographie d’art

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The Two ways of life, 1857, épreuve au charbon d’après épreuves papier albuminé originale, 40,5×78 cm, Bradford, National Media Museum, Royal Photograhpic Society Collection. 

Si l’on ne devait choisir qu’une seule oeuvre pour illustrer l’entrée de la photographie dans la monde de l’art ce serait certainement celle-ci. 

La photographie, utilisée par de nombreux artistes dès son apparition, est perçue comme un outil d’inspiration et non comme une oeuvre d’art à part entière. La photographie permet de rendre une image fidèle d’un paysage ou encore d’une personne. Cette image peut alors être utilisée par le peintre pour réaliser son oeuvre d’art.

Certains artistes voient toutefois dans la photographie un outil, comme le pinceau, permettant de réaliser une oeuvre artistique. Faire reconnaître ce médium comme le support possible de l’expression artistique deviendra alors un combat qui continue encore aujourd’hui. Refusée dans les expositions d’art, la photographie est d’abord présentée au public comme résultat d’un progrès technique.  

Avec The Two Ways of Life, O.G. Rejlander prouve par la pratique que la photographie peut directement être utilisée comme médium d’expression de l’imaginaire de l’artiste. Cette oeuvre prouve que la photographie peut être utilisée pour présenter avec précision tant le réel que “l’idéal”. 

Par cette allégorie O.G. Rejlander dépeint les travers de la société Londonienne (la frivolité, la prostitution, le jeu) ainsi que ses vertus (l’homme de sciences, la femme pieuse et celle lisant). Il s’agit d’une critique de l’oisiveté et d’une valorisation des comportements attendus dans la société victorienne. 

Ce “tableau photographique” pose de nombreuses questions aux contemporains d’O.G. Rejlander sur lesquelles nous allons nous pencher ici. 

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La Grande Vague, Sète, photographie de Gustave Le Gray, 1857, Tirage sur papier albuminé d’après deux négatifs sur verre au collodion, 357 x 419 mm, Paris, Bibliothèque nationale de France, Département des Estampes et de la photographie. 

La technique interroge les contemporains de O.G. Rejlander. La réaction de certains d’entres eux prouve qu’ils n’ont pas compris que pour réaliser cette oeuvre le photographe n’a pas réuni au même moment tous ses personnages, dont un certain nombre sont des femmes nues (véritable raison du scandale). Pour créer The Two Ways of Life, O.G Rejlander n’utilise pas moins de 30 épreuves. Il lui faut plus de 6 semaines pour prendre et réunir chacun des clichés qui forment sa composition. 

Si le photographe pousse à l’extrême la technique de l’assemblage des diapositives dans ses retranchements, il n’en est pas l’inventeur. D’autres avant lui, comme Gustave le Gray, ont réalisé des compositions similaires bien que moins ambitieuses. Dans La Grande Vague, Sète, Le Gray utilise ce procédé pour permettre une exposition homogène de la photographie. Il prend deux clichés, l’un dont le temps de pose est suffisamment court pour reproduire les détails du ciel plus clairs, l’autre dont le temps de pause est plus long pour saisir les détails de la mer et des rochers plus sombres. Le Gray réalisera un grand nombre de Marines suivant cette même technique. 

Le choix d’O.G. Rejlander pour le collage est justifié par plusieurs raisons. Elle lui permet de résoudre les problèmes de netteté des différents plans et elle lui permet une composition aussi riche et complexe que celle présentée dans The Two Way of Life. 

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L’école d’Athènes, fresque de Raphaël, 1509-1510, 500X700 cm, visible au Palais du Vatican (chambre de la signature). 

O.G. Rejlander, pour ériger le médium photographique en medium artistique ne choisit pas son sujet au hasard. The Two Ways of Life, original par la technique employée, reprend le thème de L’école d’Athènes de Rapaël. Nous retrouvons les deux personnages centraux se tenant la main et la cohorte d’individus affairés ou oisifs. 

Deux explications pour ce choix, la première est l’intention d’O.G. Rejlander de représenter sur un même plan la décadence et l’industrialisation/modernisation de sa ville. Ces deux comportements s’opposent comme les groupes d’individus qui les jouent. Le choix s’explique également par la volonté de présenter le médium photographique comme un médium artistique. En montrant qu’il est possible de créer des œuvres aussi complexes et évocatrices que celles des peintres italiens de la Renaissance, O.G. Rajlander arrive à convaincre du potentiel artistique de la photographie. 

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Une des épreuves utilisées pour la réalisation de “The Two ways of Life”.

The Two Ways of Life interroge enfin sur la représentation photographique du nu. Si le nu peint est admis comme un classique de la représentation artistique, le nu photographié fait scandale. Le réalisme et le détail de la photographie rend compte exactement de la réalité des corps. C’est le réalisme et le détail qui choque une partie de la société victorienne de l’époque.  

La polémique se calme toutefois lorsque la Reine Victoria fait acheter pour le Prince Albert une copie de The Two Ways of Life, mais elle renaît lorsque la Scottish Society refuse l’exposition de l’oeuvre lors de l’exposition d’Edinburgh

Thomas Sutton, éditeur photographique de News en charge de l’exposition, justifie ce refus par la nécessité de préserver la dignité des femmes photographiées. En effet, si O.G. Rejlander affirme que les modèles en question sont des actrices et des acteurs de théâtre, d’autres estiment qu’il s’agit là de prostituées. Que le photographe ait menti ou non sur l’origine sociale des modèles n’est pas pris en compte dans l’argumentation de Thomas Sutton, c’est avant tout la nudité et le rendu charnel qui justifie selon lui le refus d’exposer l’oeuvre. 

En outre, l’argument de l’origine sociale des modèles, soulevée à l’époque pour la photographie, ne l’est pas de la même manière pour la peinture. Ainsi, il arrive a l’époque que les peintres commandent des images de nus aux photographes afin de réaliser leurs œuvres picturales. Nous vous en proposons ici un exemple. 

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Nu féminin assis sur un divan, la tête soutenue par un bras par Eugène Durieu,  papier salé verni d’après négatif papier, 14 x 9,5 cm, Bibliothèque nationale de France, Département des Estampes et de la Photographie. 

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Odalisque,1857, par Eugène Delacroix, huile sur panneau de bois, Collection privée.   

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