Charles Nègre et la photographie architecturale

Après nous être penchés sur la place qu’occupe Charles Nègre dans l’histoire de la photographie de rue, nous allons aborder son travail au service de la photographie d’architecture.  

Nous l’avons vu lundi, Charles Nègre n’est pas choisi pour participer à  la Mission Héliographique en 1851. Cette mission a alors pour but de documenter l’architecture de la France. Charles Nègre décide toutefois en 1852 d’entreprendre un reportage sur l’architecture du Sud-Est de la France. 

Dans cette première série photographique on devine déjà une géométrisation et une abstraction qui deviendra évidente dans l’une de ses œuvres la plus connue aujourd’hui, Le Stryge. 

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Les remparts d’Arles (1852), épreuve sur papier salé d’après un négatif papier, 23X33 cm, Collection Privée. 

Cette vue des remparts d’Arles réalisée durant son retour dans le Midi n’a, à première vue, qu’un intérêt documentaire. On remarque toutefois que la technique de Charles Nègres est déjà d’une efficacité saisissante. Les détails de l’image ont gardé toute leur précision dans les basses lumières. De plus, les positions des masses des deux tourelles, la diagonale que forment les remparts et qui guident notre œil vers l’arrière pays, contribuent à une sensation d’équilibre. Enfin, le fort contraste entre la partie brûlée du ciel et les parties les plus sombres du mur plongées dans l’ombre forment un clair-obscur presque inquiétant. Si le résultat final de cette photographie est en partie du à l’extrême sensibilité du procédé employé à la lumière bleu du ciel, cette particularité est utilisée par Charles Nègre pour donner plus de force à son image.

On retrouve ce même procédé dans sa vue intérieur des remparts. 

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Arles, vue intérieur des remparts, côté sud, (1852), épreuve sur papier salé d’après un négatif papier, 24,5X33 cm, Collection Privée.

Là encore Charles Nègre travaille sur un clair obscur entre la droite et la gauche de l’image. On devine en arrière plan la ville d’Arles. La photo est toujours aussi détaillée dans ces parties sombres. La représentation que nous offre Charles Nègre est celle d’une arène en ruines, minérale et sans vie. La nécessité du travail documentaire qu’il réalise dans la région est évidente à la vue de l’importance historique des monuments qu’il photographie. Toutefois, le photographe ne se contente pas d’une épreuve techniquement irréprochable mais choisit un cadrage et une profondeur de champ qui placent ce monument dans la ville et dans l’Histoire. La clarté de ville en arrière plan tranche avec les parties sombre du premier plan. Il y a ici encore une volonté de géométrisation qui se fait ressentir dans cette photographie : le rond tracé sur la terre rappelle la courbe des remparts et des arches qui hérissent la structure endommagée. 

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Vue de la Cathédrale Notre Dame de Paris, (1853), épreuve sur papier salé d’après un négatif papier, 24,5X33 cm, Collection privée.  

Cette vue nous montre la Cathédrale à l’époque où les frontons de ses entrées étaient en cours de réalisation selon les plans de Violet-le-Duc. Il s’agit d’un témoignage de la rénovation de l’édifice tel que nous le connaissons aujourd’hui. 

Le choix de cadrage fait par Charles Nègre a demandé une certaine préparation. Il a pris de la hauteur, certainement en accédant à un balcon, pour prendre cette vue. La photo ne manque pas de profondeur et l’on peut voir sur les côtés la ville de Paris s’étendre jusqu’à l’horizon. Encore une fois il y a un fort contraste entre le ciel, toujours brûlé, et l’obscurité du bas de l’image, comme si la cathédrale se dressait vers la lumière. Charles Nègre joue à la fois sur le cadrage et sur le contraste pour traduire le caractère monumental de la cathédrale. Et pourtant, cette vue de face ne nous permet pas de deviner la profondeur de l’ouvrage, qui semble planté là comme un décors de théâtre.  

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Porche Sud de la Cathédrale de Chartres (1857), Héliogravure, 53X71cm  MoMA. 

Reconnu pour ses talents de photographe et sa capacité de saisir l’essence des lieux qu’il photographie, Charles Nègre sera commandité pour la réalisation des photographies de la Cathédrale de Chartes en 1857. Ces photographies ont pour particularité qu’elles furent réalisées selon le procédé de la damasquinure héliographique, technique que Charles Nègre inventa. Le procédé de la damasquinure héliographique permet de conserver un maximum de détails tant dans les hautes que dans les basses lumières. Les marches montant à l’église guident notre regard vers les piliers et la masse du porche. Grâce à son procédé, Charles Nègre arrive à maîtriser une exposition telle qu’il saisit parfaitement les détails de la structure plus sombre que le ciel. Il arrive également à conserver une certaine qualité dans les hautes lumières, nous permettant de distinguer nettement les nuages. Nous sommes encore ici face à un jeu de clair obscur, mais celui-ci laisse la place à une géométrisation plus marquée.     

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Le Stryge, 1853, épreuve sur papier salé à partir d’un négatif papier ciré sec
32,5X23 cm, Musée d’Orsay.

Le Styrge, nom donné à cette photographie par le collectionneur André Jammes par analogie à une gravure du peintre Charles Méryon, est l’une des œuvres les plus connues de Charles Nègre. Cette vue, réalisée sur les toits de Notre-Dame, nous montre Henri Le Secq, son ami peintre, encadré par deux gargouilles. Le personnage contemple Paris en tenue de ville, coiffé d’un chapeau haut de forme. Les moulures de l’édifice sur lequel il se tient en contemplateur sont très détaillées. 

Le travail de géométrisation et d’abstraction de Charles Nègre est ici évident. La diagonale des barricades, le mur horizontal, les deux sculptures rendues vivantes par cette savante mise en scène, contribuent à en faire un chef d’oeuvre. 

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Charles Nègre à Notre-Dame de Paris, 1853, épreuve sur papier salé à partir d’un négatif papier ciré sec, Paris, Bibliothèque des arts décoratifs, Médiathèque de l’architecture & du patrimoine.

Cette dernière photographie prise par Henri le Secq, peut être mise en parallèle avec le travail de portrait réalisé dans le Stryge. Ici l’ambiance est tout à fait différente. Charles Nègre, caché dans l’ombre et qui ressort grâce à son col blanc rend cette photo inquiétante et nous rappelle le Notre-Dame de Paris de Victor Hugo, publié une vingtaine d’année auparavant. Si cette photographie est intéressante dans sa mise en scène elle ne saisi toutefois pas l’observateur par son travail de géométrie mais nous rappelle le travail de Charles Nègre dans ses photographie de rue. 

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