Charles Nègreet la photographie de rue

Penchons nous aujourd’hui sur l’apport tout particulier qu’eut Charles Nègre à la photographie de rue. Nous l’avons vu hier, Charles Nègre fait partie de ces pionniers qui ont apporté à la photographie tant par ses talents d’artiste que par son ingénuité technique. Grâce à lui et à son audace, la photographie de rue devient possible. Nous allons découvrir ici quelques unes des ces œuvres qui ont marqué le début de la photographie. 

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Ramoneurs en marche (v.1851) Charles Nègre, épreuve albuminée d’après un négatif sur papier ciré 16X21 cm, Paris Musée Carnavalet.

Contrairement à ses contemporains qui restent dans leurs studios pour réaliser des mises en scènes exotiques, Charles Nègre n’hésite pas à descendre dans la rue pour prendre des photographies des moments de vie de la capitale française. Il ne s’agit pourtant pas encore de photographie sur le vif. Les ramoneurs prennent la pause sur cette photographie. Charles Nègre les dispose afin de réaliser une prise de vue conforme à la règle des tiers et à l’organisation qu’aurait pu choisir un peintre pour la réalisation d’un tableau. Passionné par l’idée du mouvement, il demande au premier ramoneur de se positionner, pied droit en avant, légèrement sur la pointe et genoux plié de manière à mimer la marche. Les deux autres personnages semblent le suivre nonchalamment. Le flou arrière, la distorsion de l’image au delà du point de netteté, le fort vignetage sont les conséquences de la technique employée par l’artiste pour raccourcir au plus le temps de pose. Ces aléas techniques ne nuisent toutefois pas à l’équilibre général de cette image.   

Cette image est la plus connue. Elle fait partie d’une série réalisée sur le même thème et selon les mêmes contraintes, avec des résultats tout aussi intéressants. 

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Trois ramoneurs au repos quai Bourbon (v.1851) Charles Nègre, épreuve albuminée d’après un négatif sur papier ciré, 16,8X20 cm, Musée d’Orsay. 

Nous retrouvons ici nos trois ramoneurs au repos. L’arrière plan nous indique qu’ils ne se sont pas déplacés et posent toujours selon les indications de Charles Nègre. Un des personnage nous tourne le dos et les deux autres sont assis. Tous tiennent des positions confortables ce qui n’empêche pas un léger bouger au niveau des visages. Quoique la technique de Charles Nègre soit remarquable pour l’époque, elle nécessite encore des temps de pause relativement longs et la lumière d’une journée ensoleillée. 

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Le petit chiffonnier (v.1851) Charles Nègre, épreuve albuminée d’après un négatif sur papier ciré, 14X10 cm, Musée d’Orsay. 

Autre photographie prise dans la même série, Le petit chiffonnier nous montre un de ces métiers de gagne misère appelé à disparaître. Les diagonales formées par les murs du quai voisin et le banc guident notre regard vers celui du jeune travailleur qui nous fixe les bras croisés. La maison, baignée dans l’ombre ferme le cadre de la photographie dont les deux tiers restent baignés dans la lumière. Seul rappel de cette ombre pleine de détails, le regard du chiffonnier à demi caché par son couvre chef. 

Charles Nègre fait le choix de nous montrer ici les travailleurs de Paris, ceux qui représentent le socle pauvre d’une société en pleine révolution industrielle. Ainsi, il préfigure la naissance de la photographie sociale bien que son intention semble celle de réaliser un témoignage historique, dans l’esprit de la Mission Héliographique, plus que celle d’une critique sociale. 

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Paris, Scène du Marché de l’Hôtel de Ville (v.1851), épreuve sur papier salé, Musée D’Orsay. 

Ici, par le flou des vendeurs et artisans, Charles Nègre restitue le mouvement de l’activité de la place. On remarque toutefois se dessiner nettement certains personnages, dont une dame au centre de l’image, autour de qui se construit la scène. 

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Musiciens de rue italiens devant le 21 quai de Bourbon, vers 1854.

Ces musiciens jouant devant le studio de Charles Nègre sont immortalisés dans cette image pleine de vie, comme le sera avant eux un joueur d’orgue.  

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Joueur d’orgue devant le 21 quai de Bourbon, vers 1853.

Il s’agit encore dans ces deux cas pour Charles Nègre d’illustrer la vie parisienne. Le Joueur d’orgue est en mouvement semble-t’il, comme sur le point d’ouvrir une porte. Personnage central d’une image baignée dans la pénombre, ce joueur d’orgue est dans l’action, quoi qu’encombré par son gros instrument. 

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Henri le Secq et une petite fille faisant l’aumône au joueur d’orgue de Barbarie (v.1853), épreuve sur papier salé, 16,5X21,5, Musée d’Orsay. 

Notre dernière photographie pour aujourd’hui est une savante mise en scène dans laquelle Charles Nègre fait participer son ami photographe Henri le Secq. On l’y voit accompagner une jeune fille des rues pour faire la quête auprès d’un joueur d’orgue. Cette photographies témoigne des écarts de richesse qui existaient à Paris au milieux du XIXème siècle et peut être considérée comme une photographie sociale. En effet, bien que l’intention de Charles Nègre ait été de documenter, il fait preuve d’audace dans choix de ces sujets. 

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