Charles Nègre (1820-1880)

01-Autoportrait-web

Il peut sembler anachronique de présenter Charles Nègre comme un photographe social, en
effet, la photographie sociale, photographie d’investigation et de
communication sur les problèmes sociaux ne prendra véritablement son essor qu’à
la fin du XIXème siècle. Toutefois, son approche de la photographie
ainsi que les améliorations qu’il apportera à la technique photographique, font
sans conteste de lui l’un des pères fondateurs de ce mouvement.

Né le 9 mai 1820
à Grasse (France), il prend des cours de dessin à Aix-en-Provence en 1937 et
entre à l’école des Beaux-Arts de Paris en 1939 alors que Louis Daguerre
présente son invention, tirée des travaux de Niepce, au public. Il travaille
dans le studio de Paul Delaroche et présente ses travaux dans différents salons
parisiens jusqu’en 1953. Il étudiera également sous la direction d’Ingres et de
Drolling avant d’ouvrir son premier studio au 21 Quai Bourbon sur l’Île
Saint-Louis à Paris.

Il commence à
travailler avec le médium naissant qu’est la photographie dès 1844, incité par son
maître Paul Delaroche. Il réalise alors des daguerréotypes qu’il utilise comme
source d’inspiration et modèle pour la réalisation de ses peintures. En 1848 il
passe quelques mois à Barbizon avec d’autres artistes et travaille sur des portraits
et des nus. La photographie prend une place de plus en plus importante sur sa
création artistique.

Charles Nègre
travaille sur les différentes techniques photographiques inventées à son époque
et il contribue à l’amélioration de la technique de Niepce de l’héliogravure en
utilisant un passage au bain d’or (damasquinure héliographique), innovation
permettant de réunir la finesse et la précision de la photographie et la
fermeté et la profondeur des teintes de la gravure. Il sera primé lors de l’Exposition
Universelle de Paris en 1867 pour cette innovation.

Grâce à cette technique
et à l’utilisation d’un objectif de sa fabrication il arrive à figer le
mouvement et devient le pionnier de la photographie de rue. Dans ce style il
réalisera notamment  Ramoneurs en marche (épreuve albuminée d’après un négatif sur
papier ciré, Paris, musée Carnavalet). Considérée comme une étape importante de
l’histoire de la photographie, cette dernière et la série qui l’accompagne,
constituent l’un des tout premiers essais de rendu du mouvement. Charles Nègre
choisit une approche moderne pour représenter la rue en mouvement, là où ses
contemporains se contentaient de faire poser des personnages en studio. Ses
photos de rue semblent naturelles et spontanées, caractéristiques qui
deviendront les traits définitoires de la photographie de rue.

Charles Nègre
contribuera également à l’essor de la photographie architecturale et alors qu’il
n’est pas choisi pour faire partie de la Mission Héliographique, il
consacre une partie de l’année 1852 à la réalisation de quelques deux cents
photographies de monuments du Sud-Ouest de la France. Certaines de ses
photographies des bâtiments de la ville de Grasse sont considérées par ses
successeurs comme les premiers exemples d’art photographique.

Il reçoit par
la suite plusieurs commandes de l’Etat français pour la cathédrale de Chartres
(1954) et la muséographie des œuvres du Louvre (1958) notamment. De retour à
Paris, il commence à travailler avec la photographie au collodion, technique
qu’il utilisera pour réaliser l’une de ses œuvres les plus célèbres, le Stryge
(1853), en collaboration avec le photographe Le Secq qui lui servira de modèle
à de nombreuses reprises. Outre Le Secq, il fréquente les autres membres du
cercle d’initiés de la Société héliographique dont Gustave Le Gray.

En 1857/1859,
il est commandité par l’Impératrice Eugénie pour photographier l’Asile impérial
de Vincennes. L’Asile est le fruit de la politique sociale paternaliste de
Napoléon III, lié aux travaux d’urbanisme d’Haussmann ayant attiré de nombreux
ouvriers dans la capitale. Commande destinée à donner une vision positive et
moderne de l’Asile et de son fondateur, il s’agit d’un prototype de photographies
de communication. Cette commande sera presque aussitôt exposée par la Société
Française de Photographie et rassemblée en albums destinés à des notables.

En 1863 il
retourne vivre dans le sud de la France. Il ouvre deux ans plus tard un atelier
au 3 rue Chauvain à Nice où il est professeur au Lycée Impérial. Il réalise
alors une série de photographies de Saint-Raphaël à Menton. En 1865, il est
engagé par le Duc de Luynes pour produire les planches du Voyage d’exploration
à la mer Morte, à Pétra et sur la rive gauche du Jourdain. Il rentre finalement
à Grasse en 1878 où il décède deux ans plus tard, le 16 janvier 1880.

Charles Nègre
ne sera redécouvert qu’en 1936 lors de grandes expositions organisées à Paris
et à New York, puis au Canada en 1976 et lors de la célébration en France de
l’année du Patrimoine en 1980. Son petit neveu, son promoteur indéfectible
publiera en 1991 La Riviera de Charles
Nègre
, reproduisant ses clichés de sa Côte d’Azur et de son
arrière-pays.

Sources:

·
La photographie sociale, photo poche, actes sud,
Michel Christolhomme.

·
Tout sur la photographie : Panorama des
mouvements et des chefs-d’œuvre, Flammarion, sous la direction de Juliet
Hacking. (p.54, p.75, p.288)

·
André
Jammes, Charles Nègre photographe : 1820-1880, préface de Jean Adhémar,
Paris-Choisy-le-Roi, Imprimerie de France, 1963

·
Françoise Heilbrun, Charles Nègre : photographe
1820-1880, catalogue de l’exposition, Arles, musée Réattu, 5 juillet-17 août
1980 ; Paris, musée du Luxembourg, 25 novembre 1980-19 janvier 1981, Ministère
de la Culture et de la Communication, Paris, 1980.

·
Joseph Nègre, La Riviera de Charles Nègre,
préface de Louis Nucéra, Aix-en-Provence, Édisud, 1991.

·
Ian
Jeffrey. The Photography Book, 2nd ed., London: Phaidon, 2000. (p. 343)

·
Benjamin
Genocchio. “They Didn’t Forget the Camera”, New York Times, July 31,
2005.

·
The
Kitchens of the Imperial Asylum, Metropolitan Museum of Art, March 31, 2011.

·
Charles Nègre, Paris, scène de marché, notice
sur le site du musée d’Orsay. Archives

·
National Gallery of Canada, consulté le 17 mai
2008. Archives

·
Encyclopédie Universalis, article Adolphe
Goupil. Texte en ligne

·
Henri Le Secq posant sur Notre-Dame de Paris. Le
choix d’avoir nommé cette photographie Le Stryge revient au collectionneur
André Jammes ; voir la notice de l’œuvre [archive] sur le site du musée
d’Orsay.

·
Théâtre de la Photographie et de l’Image –
Photographies de Nice et de ses environs (1863-1866), consulté le 17 mai 2008.
[archive]

·
Théâtre de la Photographie et de l’Image –
Notice biographique, consulté le 13 mai 2013. [archive]

·
http://www.photo-arago.fr/C.aspx?VP3=CMS3&VF=GPPO26_3_VForm&ERIDS=2C6NU0OBY4CR:2C6NU0OBSIV4:2C6NU0OBM6ID:2C6NU0O0XDA3:2C6NU0ORSG9P

·
http://www.art-directory.info/photography/charles-negre-1820/index.shtml

·
http://en.wikipedia.org/wiki/Charles_N%C3%A8gre

·
http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_N%C3%A8gre

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s